"Altiplano" avec Laurent de Wilde au Duc des Lombards

garayMa première cette saison au Duc des Lombards, ce qui permet d’apprécier les travaux de réaménagement (disons même de complet changement) des lieux. Exit les vieux fauteuils et éclairages, bienvenue à la technologie du XI° siècle : leds, écrans plasma, caméras, fauteuils loungy… Ce que l’on gagne en confort, on l’a légèrement perdu en ambiance de club de jazz à l’ancienne. Mais qu’importe, les conditions et l’atmosphère sont particulièrement propices au live, et peut-être plus à même d’élargir le public habituel.

Mon avis : C’est un peu par curiosité que je m’y suis rendu (je n’avais pas écouté l’album de ce nouveau projet des musiciens Magic Malik et Minimo Garay). D’autant plus que la présence du pianiste Laurent de Wilde finissait de me séduire. L’intuition a du bon, et cette première mondiale (ça sonne grandiloquent, écrit comme ça) s’est révélée de très bonne facture.

Certes, les imperfections d’une première sont là : hésitations, manque de rodage, tâtonnements, de petites erreurs… mais l’énergie et la bonne humeur communicative de Garay les ont supplantées. Ajoutez à cela un très bon Laurent de Wilde, invité de marque, dans un style jazz latino et bop de facture très « classique », et cependant remarquable d’inventivité et de partage, et vous obtenez l’alchimie d’une première soirée de semaine enchanteresse.

altiplanoGaray, c’est le genre même du musicien de scène. Son talent s’exprime pleinement par ce moyen. Il n’est qu’à entendre ses productions de prestations live. Lorgnant vers la pop, avec les sonorités d’un jazz pop des années 80 avec une « grosse » voix latine, ses enregistrements ne révèlent pas la richesse et surtout la chaleur de sa présence. C’est par conséquent un vrai régal de pouvoir l’entendre « live ». Il dirige la formation, assurément et énergiquement, plaisante durant les intermèdes, commente ce qui se passe et se dit. Il se met en scène dans le rôle du musicien enthousiaste et imposant. C’est assez réussi. Se permettant même de s’amuser de la perte d’une de ses baguettes lors d’un des breaks, tout euphorique qu’il était.

Magic Malik, c’est la figure d’un jazz fusion lorgnant vers le free. Sa flûte, il la triture, et fait sortir de ses tripes des sonorités souvent étonnantes. Il se permet, grâce à sa technique, de chantonner et de pousser la voix lors de solos, le tout d’une manière tranquille et néanmoins impressionnante. C’est d’ailleurs peut-être son principal défaut. Ça sonne parfois « out » (en dehors de la grille harmonique), et ce dès le premier morceau (c’était une de ses compositions). Faut être habitué, c’est du Magic Malik. Peut-être moins d’expansion virtuose lors de ses solos dans cette formation, ce qui, pour ma part, ne le rend que plus agréable.

La contrebassiste quant à elle semblait quelque peu « sous pression » pour cette première. Sobre et efficace, sans toutefois faire preuve d’inventivité, son solo (unique lors du concert) fut d’une banalité parsemée d’accrocs. Certainement loin d’être à son avantage lors de cette prestation.

Alfonso Pacin, c’est la mémoire et la touche traditionnelle argentine faite d’espiéglerie. Davantage à l’aise dans le traditionnel argentin que dans le jazz improvisé, il apporte la sonorité et la couleur spécifiques de la formation, surtout avec son charango.

Et Laurent de Wilde. Loin de son projet électro avec Otisto 23, il a montré lors de cette rencontre son talent et sa diversité. Même pas surpris…

Le final est un rendu plaisant duquel on ressort convaincu. Les petites imperfections ne le rendent que plus agréable. Et c’est bien.

M. MALIK (fl)
M. GARAY (perc)
L. DE WILDE (p)
S. MURCIA (b)
A. PACIN (charango, vln, g)