Daniel Mille trio au Sunset le 21 janvier 2008

sp_14061_g.jpgPetit événement du côté de la rue des lombards, au non moins fameux club du Sunset : Daniel Mille présente sa nouvelle formation. Salle pleine pour l’occasion, des connaisseurs de la musique de l’artiste. Cette formation est resserrée autour de l’accordéon par un saxophoniste (baryton et picolo) et un violoncelliste. Trio audacieux qui revisite les titres « marquants » des précédents albums.

Mon avis : J’assume pleinement la dithyrambique chronique, et sûrement peu objective, qui suit. J’ai été conquis et transporté par le trio. Retour sur les derniers albums avant toute chose. Si Entre chien et loup, avec le titre « Les minots » notamment (le titre le plus profond et mélodique à mes yeux de l’album) marquait la patte de Daniel Mille sur un jazz acoustique français contemporain, son dernier opus Après la pluie atteignait quasiment de bout en bout à l’univers onirique intime, mélancolique et introspectif, puissant et profond, le plus complet et émouvant que seule la musique offre parfois, et rarement, en cadeau. Dans cet intervalle, il a également enregistré 2 albums textes lus (d’Apollinaire et d’Aragon) mis en musique avec Jean Louis Trintignant : La valse des adieux et Lou alcools.

Ainsi le trio reprend quelques uns des thèmes marquants : Après la pluie”, “Les minots”, “La valse des adieux”, “Les soirs de pleine lune”… le violoncelle est sûrement l’aspect le plus étonnant de prime abord. Autant on peut le comprendre aisément dans une formation plus large, autant il pouvait sembler limité en trio. Erreur de jugement. Le violoncelle est joué pizzicato, et très rythmique. L’effet percutif marque le groove qu’une ligne de basse souligne ici et là. Le glissé de l’archet enveloppe le tout. Eric Longsworth, impeccable de maîtrise rythmique, improvise également avec un phrasé tout en délicatesse.

Eric Séva s’inscrit lui davantage dans une tradition du jazz et la lignée des saxophonistes, mais qu’il revisite et adapte à l’univers de Mille. Puissance sonore alliée à dextérité, il enchaîne avec des chorus au délié souple et tout en finesse. Sonorités d’ailleurs et de nulle part, il fait voyager dans son imaginaire. Investi, il termine les 2 sets épuisé.

Et puis Mille. On en oublierait presque qu’il est l’élément principal. Bien que discret, il accompagne, dirige et mène la barque vers son pays musical. Il fait confiance à ses camarades. Il ne se met pas en scène de manière narcissique. Il vise l’épure et touche à l’essentiel. Il fait ce que je voudrais faire et entendre. Il suggère, amorce, annonce et conclut mes envies, mes attentes. Jamais contraint, ni soumis à son rythme, je l’accompagne.

Simplement, tout ce que j’aime…

Daniel Mille – accordéon ; Eric Seva – saxophones ; Eric Longsworth – violoncelle.