Frédéric Recrosio dans "Aimer, mûrir et trahir avec la coiffeuse" au théâtre Trévise

aff-recrosio-treviseJ’aime bien le one-man-show le soir. Plus c’est tard, plus ça me plaît, serais-je presque tenté de dire. Il y va de l’atmosphère et de l’ambiance générale qui s’en dégage. Un côté « hors contexte ». Alors oui, quand en plus il fait frais dehors, on est bien dedans! (même si le Trévise, je ne m’y suis jamais senti très à l’aise) « C’est chouette d’être célibataire. Mais le plus souvent, quand on s’en rend compte, c’est qu’on n’est plus célibataire. Après le triomphe de “Rêver, grandir et coincer des malheureuses”, Frédéric Recrosio, le “phénomène” suisse débarque à nouveau en France et revient disséquer avec tendresse et intelligence nos comportements amoureux. En France, on l’a vu sur Canal+ dans “L’Edition Spéciale” et on l’écoute sur France Inter dans “Le Fou du Roi”. »

Mon avis : Je l’aime bien sur Inter. Sa chronique prend souvent des aspects de gentil-méchant, décalé (Suisse oblige) et de gosse de riche qui joue l’artiste fauché à l’imaginaire poétique. Je pousse un peu loin, mais c’est parce que même si j’ai souri, je n’ai pas franchement ri. Je n’ai pas pleuré non plus, ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas ressenti…

Et cela m’ennuie. Il m’évoque de la sympathie, Recrosio. Je n’avais pas vu son précédent one-man-show, je ne saurais par conséquent comparer. Mais cet opus est éminemment convenu et pas très subversif (d’ailleurs, pourquoi le serait-il ?). L’intérêt est qu’il joue un personnage sur scène, même si c’est peut-être véritablement lui dans la vie. Il s’y tient et s’affranchit de cette mode « stand upisante » qui oblige le rire toutes les 30 secondes, souvent au mépris de la finesse satirique, et, allez soyons follement snob, de l’intelligence comique. Nullement révolutionnaire dans la forme, le fond n’est cependant pas sans intérêt (aaah l’amouuuur, c’est si beau, si cul, so sexy, si triste…) : « C’est ça l’amour ?!» s’interroge Recrosio à différents moments. Tout le monde se sent (ou s’est senti), à un moment ou à un autre de sa vie, concerné par l’amour et ses délices hasardeux, navrants, et, j’ose (oooh…), pitoyables (euuuh).

Recrosio interprète son personnage, et il a ainsi le temps de le développer. Un homme, la trentaine naissante, célibataire, engagé dans la voie de l’amour, entre déconvenues de la timidité, vaines aspirations d’un sex and the city version masculin, et d’un mec sans prétentions aux occupations beaufisantes :  copains, beuveries, boîtes et flirts insipides… il part de sensations et ressentis très intimes et personnels, qui, livrés en pâture au public avide d’un voyeurisme désuet, s’esclaffe de son audace à dire haut ce que bon nombres enfouissent tout bas dans leur conscience.

C’est assez juste dans l’image, somme toute caricaturale et parsemée d’expressions et et de situations amusantes. Mais voilà, c’est amusant, sans divertir véritablement, même si la rangée derrière moi semblait « mdr » avec plein de « lol » (en somme, elles riaient, que dis-je, elles hurlaient aux conneries les plus faciles d’un one man show standard). Que dire des commentaires de fin, du genre « C’est trop vrai ce qu’il dit », « Les pauvres filles qui ne se rendent pas compte que leur mec est peut être comme ça »… ? Peut-être ne t’es-tu pas assez reconnu…

L’émotion, recherchée par des effets de mise en scène et de rythme, n’est pas atteinte. On a presque l’impression de lire un cosmo, version masculine, ce qui est loin d’être un compliment si je l’écris.

Mais il a le petit gimmick Recrosio. Il rend intéressant ses doutes et ses pérégrinations. Il a un corps expressif et une rigueur indéniable. Du talent, si ce n’est du savoir-faire.

Plaisant sans être convaincant, c’est un moment d’un soir parisien qui a son charme. Hormis un public, qui pour le one-man-show, me navre de plus en plus dans ses réactions enthousiasmées face à l’anecdotique de ce soir-là, sans percevoir la dimension céleste (sic) d’une poésie onirique et fabuleuse (resic) qui de toute façon doit les dépasser dans bien d’autres spectacles.