Lucienne et les garçons au théâtre de la reine blanche, jusqu’au 13 janvier 2007

Lucienne et les garçonsAu revoir tristesse. En ce samedi soir, la « nuit parisienne » s’invite plus tôt dans la soirée. Dans ce quartier de la Chapelle, en pleine mutation d’un modernisme forcé, se retrouve un trio d’afficionados dans cette salle agréable, fraîche, et accueillante. Bien assis, mais pas très nombreux, c’est parti pour 1h30 de chansons équivoques… Après une grande tournée mondiale, dont New york fut l’ultime étape, Lucienne, Victor et Gaston rentrent à Paris. Lucienne retrouve les grands magasins, les Garçons, Montmartre et ses plaisirs nocturnes. Ils nous embarquent aussitôt dans leurs aventures, nous content leurs déboires et succès de tournées, leurs béguins et amourettes au gré des soirées, leurs disputes et chamailleries continuelles.

Mon avis : Sourires et mines détendues, voilà ce qui attend le spectateur à sa sortie. Parcourant le répertoire de la chanson française du music-hall des années 1920 à 1940, le trio s’amuse, adapte, (ré)invente les paroles au profit d’un spectacle à la construction savante et légère: l’histoire d’un trio (un Jules et Jim en plus léger et amusé) nous narrant ses anecdotes, historiettes et amourettes (très sexuées tout de même) par les titres de Andrex, Fréhel, Boyer, Sablon, Dubas… 

Le music-hall est ici incarné, par la masse enveloppée (l’actrice, les chansons et l’histoire s’en moquant par ailleurs) charmante et talentueuse de la soprano, par un baryton dandy à la classe surranée, et un pianiste dégarni (!), chanteur-choriste  à ses moments perdus. Ils insufflent de la vie, de la joie et le swing inhérent de ce music-hall submerge le tout. On se prend à taper du pied, à dodeliner de la tête, tout en ne perdant miette des paroles. Alternant l’hommage solennel à la moquerie kitsch d’un temps désuet, les propos reflètent la liberté de ton, polissonne, d’une époque qui voulait oublier les atrocités de la première guerre mondiale (à l’instar d ‘ « Amusez-vous, foutez-vous de tout! »). On y trouve également des moments touchants, comme le « Parlez-moi d’amour ». L’intrusion de la vidéo est discréte et astucieuse dans le déroulement du spectacle, tout autant que tonitruante l’histoire narrée et chantée, qui s’inscrit dans la veine des écrans publicitaires d’antan (Jean Mineur publicité…). Drôlerie et modernité.

Car c’est très moderne. Les acteurs semblent être des caméléons. Ils ont la grâce et cette prestance des acteurs tels qu’on les voit dans les films d’alors : ce charme et ce dandysme snobs, même sans le sou. La mise en scène virevolte dans une épure de décor, sans baisse de rythme, au jeu de lumière tantôt intimiste, tantôt à la démesure des revues de Broadway. Une chorégraphie simple au profit du rire. Modernité donc par les procédés techniques et de mise en scène, et par la liberté de ton et les digressions. Un voyage dans le temps, qui dépoussière l’image (si elle persistait) sérieuse des générations passées.

La prouesse de ces chanteurs-acteurs est remarquable. On leur passe ainsi  l’occasionnel manque de synchronisation dans les chansons, peut-être du à des retours-son manquants, ainsi que quelques notes flottantes. Mais qu’importe, ça swingue et le music-hall est plus vivant que jamais !

2 Replies to “Lucienne et les garçons au théâtre de la reine blanche, jusqu’au 13 janvier 2007”

  1. […] sur certaines consciences), il reste léger. Ce qui est ennuyeux. Pour avoir récemment vu Lucienne et les garçons (un pur spectacle de music-hall des chansons françaises des années 1920 à 1940), le rythme se […]

  2. […] A part qu’il fut marié à Edith Piaf, on a tendance oublier que ce chansonnier nous régala de quelques titres des plus « swing » en son temps. Ce morceau de 1941 l’illustre parfaitement. Son morceau le plus connu fut « Mon ami Pierrot ». (J’ai mis ce titre entre autres parce qu’il me rappelle le bon souvenir du spectacle « Lucienne et les garçons ») […]

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