Marie Thérèse Barnabé, négresse de France à la Comédie Bastille, tous les lundis jusqu’au 25 septembre 2006

MT Barnabé, négresse de FrancePetite salle du 11°, encaissée entre 2 passages. La programmation, comme son nom l’indique, est tournée résolument comédie. Cette année, la marraine est Marthe Mercadier, actrice du boulevard parisien. Le lundi, relâche des autres pièces, et l’occasion pour M-T Barnabé de nous proposer sa causerie mi-sociétale, mi-comique sur la condition d’être une Noire en France. Salle pleine, chaleur étouffante…

Mon avis : Voilà qui aurait de quoi réjouir, une actrice noire appuyant sur les travers et dérives d’une société qui ne veut pas voir sa diversité, ses hypocrisies, ses a priori, etc…  on pouvait s’attendre à du rire pertinent et qui appuie là où la médiocrité et la bêtise de l’ignorance blessent et sévissent. Peine perdue. Ce n’est tout au plus qu’un pot-pourri de tout ce qui se dit et se raconte sur les différences de couleur. Jeux de mots faciles et amplement prévisibles. La fausse connivence de l’acteur du café-théâtre avec son public atteint ici la redite lourdingue des codes du genre. Les allusions à l’actualité sont d’une consternante banalité : il suffit de faire référence à Sarkozy (Cachan, esprit sans papier), Chirac (le bruit et l’odeur, le CPE…), sans rien en dire, sans même le dénoncer ou l’expliquer, avec ce clin d’oeil du “je suis Noir, vous avez bien compris de quoi il en retourne..”. Eh bien non ! Le public de rire, mais de quoi ?

L’interactivité voulue avec un public, mis au rang d’acteur de sa prestation, tout autant que comme l’incarnation d’une société, est une dérive du monde du spectacle en régle générale, qui ici alourdit un propos par l’emphase du jeu de l’actrice, qui, par certaines de ses réactions, n’a pas montré une répartie des plus originales ni inspirées. Pourtant, on ne peut pas dire que les interventions du public n’aient pas été tout aussi ridicules et consternantes que ce que l’actrice entendait dénoncer via la lecture d’un article de presse. C’est le risque du procédé.

Et c’est bien ce qui me dérang, au final, car si la sincérité du combat de l’actrice n’est pas à remettre en cause, les moyens mis en oeuvre (la mise en scène, le jeu de l’actrice…) sont eux bien maladroits et contre-productifs. Le public est ravi : il a entendu ce qu’il attend que l’on dise sur le sujet, et chacun d’être conforté dans ce qu’il est et pense. Mais la banalité et la facilité de la mise en scène et du texte rabaissent ce spectacle au rang d’un patronnage de quartier, ou d’un dimanche entre amis, fait de réflexions plus ou moins pertinentes et intelligentes. Ce spectacle surfe sur le politiquement correct. Le fond est juste, la forme bancale. A remettre en cause la forme, on remettrait en doute le fond. C’est la perversité d’un spectacle plus que moyen sur un tel sujet. Alors autant faire comme si c’était bien, ou tout du moins pas mal, en se disant que c’est un pas vers la bonne direction, plus que le moyen de se donner bonne conscience. Mouais…