Qu'est-il arrivé à Bette Davis et Joan Crawford ? au Vingtième Théâtre

C’est la dernière de cette reprise, un des succès de la saison précédente, au vingtième théâtre. A peine la moitié de la salle. “Sous les sunlights d’Hollywood, guerre et glamour sont de rigueur. Bette Davis et Joan Crawford se livrent un combat sans fard à la ville comme à l’écran… En partant d’anecdotes et de faits réels, Jean Marboeuf a imaginé une correspondance fictive entre ces deux monstres sacrés. Sous le regard amusé d’un troisième personnage, tour à tour vendeur de programme malmené, régisseur survolté, ou séducteur convoité, le face à face des deux stars sur le plateau de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? », film mythique de Robert Aldrich, est explosif. Toutes les manigances sont bonnes pour ébranler l’autre. Le choix des armes : un humour ravageur.

Mon avis : Tout pour plaire. Enfin tout pour me plaire. Le cinéma, les coulisses du tournage du film d’Aldrich, 2 actrices mythiques, Bette (« Betty » !) Davis et Joan Crawford, des saloperies et autres aimableries langagières. Et ce mystère sur le succès et la fabrication d’un film. C’est bien fait, mais c’est juste bien.

Ce qui est déjà pas mal. Mais il est vrai que je m’attendais à être davantage dans l’engouement.

Le décor, sobre, se révèle fort pertinent même si cette grosse bobine en forme de promontoire peut faire penser à une icône pour Photoshop. La toile, tour à tour voile, écran ou paravent, joue sur les transparences et donne une profondeur de champ et du sens ainsi qu’une lecture sur différents plans. On fait le rapprochement avec la focale cinématographique et sa “fenêtre”, cadrage d’un point de vue sur l’ouverture vers le monde. C’est discret et fort bien trouvé. Ici et là un projecteur, des fauteuils de cinéma, c’est efficace.

joan crawford
La mise en scène fluidifie le récit et se permet d’emprunter aux règles du cinéma de la parfaite alternance des dialogues hollywoodiens qui étaient de rigueur à l’époque. Ce côté surrané est agréable.

Les 2 actrices incarnent leur rôle. Même si la ressemblance physique n’est pas trop à rechercher, Joan Crawford ressort sûrement davantage que Bette Davis par la présence. Bette Davis est bien campée, d’un caractère de cochon ! J’aurais à regretter une vision par trop caricaturale de Davis. Son militantisme et ses combats de femme qui s’impose dans le cinéma de vedettariat masculine des années 30 et 40, sont ici complètement gommés. Il ne reste que l’aigreur, la perfidie et les caprices de la diva. A contrario, Crawford nous fait parfois dans la sensiblerie, car nous donnant une vision trop manichéenne de son caractère : une hypersensible maltraitée dans l’enfance qui plonge dans l’alcool et les affres de la sexualité de connivence. Une “alter-Maryline” en quelque sorte, que le texte et la mise en scène soulignent trop fortement lorsqu’elles apprennent sa mort.

davis crawford
Alors on pourrait rétorquer que l’on choisit ces 2 femmes à des moments très précis de leur vie, mais il y a tout de même une volonté tangible de dévoiler ces actrices en passe de devenir méconnues du grand public. Car qui ne connaît ces 2 actrices, ne peut qu’en ressortir avec une vision tronquée et erronée. Cet angle psycho-bio des coulisses et des doutes de ces grandes dames verse un peu trop dans l’anecdotique. On pourrait certes se croire dans les magazines people de l’époque. La grande confrontation reste pour moi trop elliptique. Et la vision qui en reste correspond trop à l’image d’épinale que l’on se fait de cet Hollywood.

Ensuite, le texte annoncé comme féroce, l’est certes par des aspects, mais demeure dans le poli attendu d’un combat de 2 chiffonnières du beau monde. La vacherie est tranquille.

Et, ce qui m’a sûrement le plus ennuyé, c’est cet acteur-témoin. Tour à tour chef opérateur, machiniste, régisseur, relayeur de la revue de presse, il intervient à intervalle court (heureusement) et régulier. Il semble ailleurs. Vêtu d’habits anachroniques. On ne sait trop ce qu’il est, ni ce qu’il fait. Pas que l’acteur joue mal. Non. Juste que sa pertinence est loin d’être flagrante et son utilité (hormis la revue de presse) loin d’être prouvée.

Je subodorais à la sortie de la salle, qu’il ne me resterait qu’un sentiment d’avoir passé au moins un bon moment. C’est exactement ça.

De Jean Marboeuf
Mise en scène : Didier Long
Avec : Séverine Vincent, Julie Marboeuf et David Macquart.

Coréalisation : Vingtième Théâtre et Lycoprod.