Renaud Garcia-Fons, La linea del sur, au New Morning le 18 mars 2009

rgfComplet ou presque en ce milieu de semaine. De la population diverse et variée parsème les rangs du New Morning. L’impatience d’un moment particulièrement attendu. « La Linea del Sur tisse un lien entre les différents univers musicaux qui ont baigné l’enfance de Garcia-Fons, celui des musiques du pourtour méditerranéen, de l’Amérique Latine, du flamenco et du jazz. »

Mon avis : bien que d’une forme physique amoindrie (il eut un malaise le matin même, causant presque l’annulation du concert) Renaud Garcia-Fons a tenu à assurer sa première et seule date parisienne pour la sortie de son dernier album. Et ce fut un moment remarquable, empreint de magie et très émouvant.

De cette fragilité physique, Renaud Garcia-Fons a recherché une forme d’épure musicale, comblant par l’émotion et la sincérité la fébrilité passagère de sa virtuosité. D’autant qu’il peut compter sur ses camarades de scène pour le soutenir et combler les éventuelles défaillances et coups de fatigue. Tant et si bien que ce qui aurait pu se révéler comme handicapant à l’appréciation de son talent s’est transformé en alchimie et partage musical.

Certes, on peut remarquer des solos plus courts, moins porteurs d’une envolée lyrique qu’à l’accoutumée, mais on a pu se laisser bercer par le charme enchanteur d’une formation à l’écoute.

Kiko Ruiz, guitariste flamenco, se détendant peu à peu, nous a fourni une présence sûre, savante et enthousiasmante, de laquelle il ressort une grande complicité avec Renaud Garcia-Fons. Son duo avec la chanteuse Esperanza Fernandes fut très émouvant et profond.

Pascal Rollando, aux percussions, fut infaillible. Efficace et varié, il a toutefois un peu manqué de « folie » et son solo rythmique était ce qu’il y avait de plus convenu. Si bien qu’il semblait un peu en retrait des autres. Dommage, j’en aurais attendu davantage.

David Venitucci, à l’accordéon, fut quant à lui l’égal de Ruiz et Garcia-Fons. Il donnait l’âme et la couleur de la formation. Tantôt aux couleurs du monde, tantôt proche de la culture populaire française, le tout inscrit dans un esprit jazz, il nous a apporté la touche émotive supplémentaire qui finissait de convaincre de l’ensemble.

Comme sur l’album, Esperanza Fernandes est venue prêter sa voix. Flamenquiste de tradition musicale, elle a l’ouverture musicale pour pratiquer la fusion musicale entre le flamenco, le jazz et les musiques du monde. Ce qui est très appréciable et donne ainsi à sa voix des couleurs supplémentaires, qui ne semblaient pas se  dégager de prime abord.

Et puis Renaud Garcia-Fons. Emporté par l’élan et l’accueil plus qu’enthousiaste et chaleureux du public, pas simplement compatissant, il a su dépasser (transcender ?) son état fébrile. Sa maîtrise a compensé la forme virtuose que revêtent ses prestations (comme sur son album Arcoluz) en une émotion plus intérieure et sensible, nous proposant ainsi une prestation d’une honnêteté et d’une générosité rares dans nos vies courantes. A cheval entre les traditions, les musiques populaires, la musique de film (on sent les influences d’un Delerue, Wiener), le jazz, l’Amérique du Sud, l’Orient et bien sûr le flamenco. C’est une véritable fusion, d’une sonorité actuelle ; on est au plus près de la création contemporaine, de ce que peut nous offrir de meilleur les musiques improvisées, jazz et world. A faire résonner la gamme flamenco en une effusion de couleurs occidentales et orientales. L’équilibre et l’harmonie des modes harmoniques. Ça laisse rêveur d’une similitude autre que simplement musicale…

Au final, des rappels, que, fort désolé, Renaud Garcia-Fons ne se sentit pas suffisamment en forme pour tous honorer. Ils n’en sont que remis à la prochaine fois.

RENAUD GARCIA-FONS (cb)
DAVID VENITUCCI (acc)
KIKO RUIZ (g flamenca)
PASCAL ROLLANDO (cajon, perc latines)

invitée : ESPERANZA FERNANDES (vocal)

One Reply to “Renaud Garcia-Fons, La linea del sur, au New Morning le 18 mars 2009”

Les commentaires sont clos.