Tout le monde aime Juliette au théâtre du Splendid

tout-le-monde-aime-julietteComplet ou presque. Il y a un petit moment (des années pour tout dire) que je ne m’étais rendu au théâtre du Splendid. Public familial pour une pièce “en famille”, marquée humour tout public. « Après le naufrage de leur bateau de croisière dans les mers Caraïbes, quatre rescapés vont se retrouver sur une île déserte. Vincent et Fred, jeunes cadres plutôt frimeurs, qui travaillent dans la même boîte, Juliette, jeune fille simple et naïve, secrètement en quête d’un grand amour, et Magistro le Fakir, qui faisait son numéro de double-vue à bord au moment du naufrage. Leur cohabitation ne va pas être aisée, Juliette ayant le don d’exaspérer les jeunes gens qui en font vite leur tête de turc. Mais Magistro le Fakir va révéler d’étranges pouvoirs, lesquels ne vont pas forcément arranger la situation. »

Mon avis : le propos est malin, les acteurs sympathiques et le sujet amusant. Mais, et un mais qui n’est pas des moindres, ce n’est pas follement amusant – passe encore – ni même très palpitant à voir, ce qui est plus ennuyeux.

Cela m’ennuie quelque peu par ailleurs, car j’y allais (à la dernière minute) avec des a priori positifs : Balasko, sa fille Marilou, le Splendid…

Je vais le dire de suite : c’était sympathique, mignonnet même, mais parfaitement anecdotique. J’ai à peine souri, je voyais venir les mots et les gestes des répliques à l’avance, et j’ai bien conscience que cette pièce risque de disparaître de mes souvenirs assez rapidement.

Et vraiment cela m’embête. Balasko, j’ai en tête certains de ses plus beaux rôles (Trop belle pour toi en tête et certaines de ses comédies), j’apprécie son cinéma (son dernier film, Cliente, m’a laissé un souvenir plaisant) et je m’amuse beaucoup à la revoir dans la pièce Nuit d’ivresse. Et là, je suis surpris du creux. Le propos est certes malin, notamment sur les raisons bien plus troubles qui font que les personnages masculins tombent amoureux de Juliette, mais il s’en dégage une espèce de conte pour enfants (d’ailleurs les personnages surpris lors d’un bal costumé et l’histoire y font clairement référence) dont on n’aurait guère dépassé les frontières du premier degré. Bien que cela soit le cas, c’est cependant opéré de la manière si consensuelle et attendue d’un humour décalé, que la gentillesse du procédé n’a d’égal que l’anecdotique. En clair, ça fait cher le conte avant de dormir !

Car, à y regarder de plus près, il n’y a pas grand-chose qui vient relever le tout de cet anecdotique. Le texte n’est pas au niveau (l’intrigue est déjà assez tirée par les cheveux et pleine d’incohérences mineures, mais ça passe) et les acteurs non plus.

Marilou Berry je l’ai beaucoup aimée dans le film Comme une image et elle m’a amusé dans Cliente par exemple. Là, je la trouve insipide, dans la caricature de la fille actrice de Josiane Balasko : quasi-mêmes intonations, même jeu, mêmes références et presque un même physique. C’est amusant, mais cela dessert l’ensemble donnant la sensation que la mère a fait de sa fille son double exact. On pourrait s’émerveiller du résultat, or ici ce n’est que trop visible pour une vacuité au sentiment tenace. C’est fort dommage.

Les autres acteurs ? Ils ne m’ont pas vraiment convaincus. Des rôles archétypes, dignes des comédies de cinéma les plus consensuelles. Des bons sentiments. Un jeu un peu faux, un peu drôle. Ils m’ont fait penser à Dubosc pour l’un et à un Chandler (de Friends, pas l’écrivain !) pour l’autre. Je suis un peu déçu qu’ils ne m’évoquent rien d’autre.

Quant au fakir, je n’en retire rien de palpable. Mais que l’on s’entende bien. Pas que je trouve que cela soit mal joué ! Non, juste un sentiment de creux.

Toutefois, le décor est amusant. La bande son, aux airs de musique de films est dans le ton (elle m’a fait penser par ses sonorités à celle du film Cravate Club, écrite par Errera, ici par Peyrony qui avait signé notamment celle de Equus l’année dernière). L’ensemble donne tout de même la sensation d’une soirée agréable.

Au final, pas un moment théâtral intense, juste une vague détente, un poil longuette et trop prévisible. Mais en ce samedi soir, cela ne m’allait pas si mal !

Une comédie écrite et mise en scène par
Josiane Balasko,
avec :
Marilou Berry
Lannick Gautry
Jacky Nercessian
David Rousseau

Assistant à la mise en scène : Medhi Mangal
Décor : Stéphanie Jarre
Lumières : Gaelle de Malglaive
Costumes : Fabienne Katany
Son, musique : François Peyrony